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Évasion


Évasion - https://www.laurenthellot.fr/

Le ciel suinte d'une de ces couleurs qui déborde de secrets et de peurs, déversant ses larmes et sa noirceur dans un horizon sans lueur. Le paysage n'est plus que le fantôme de ces images flottant encore dans les mémoires comme un repère et un baume, souvenir qu'un jour a existé un espoir et que nous ne sommes pas des fantômes.

Nos yeux scrutent ces paysages d'où ne sourdent plus que les plaintes d'enfants que l'on abandonne, perdus et effrayés de ces sons qui résonnent : ceux de leur solitude désemparée, alors qu'il y a peu, ils étaient encore des hommes, orgueilleux et fiers de tous ces trésors amassés.

Le monde semble cloué aux portes de l'éternité, ni gardien ni invité, juste prisonnier d’une aventure qui a mal tourné, de conquête vers un brillant futur en complète déconfiture. Le spectacle de désolation qui s'étend dans toutes les directions ne renvoie que l'image de la réalité telle qu'elle est : ravagée par l'Humanité.

Le constat n'appelle plus de critique ni de jugement, il est la démonstration que toutes les leçons ont été réduites à néant, dans un permanent et irritant entêtement, une attitude digne d'un gamin exaspérant, pour qui seuls comptent les compliments et les récompenses de l'instant, sans conscience qu'il a encore besoin de temps.

L'enseignement serein et bienveillant qui prédominait ne paraît avoir été suivi d'aucun effet, à part de se voir toujours plus en demander, comme si le simple fait de recevoir devait justifier un encore plus beau paquet, dans une litanie sans fin de caprices et de contrariétés.

Les échanges intervenus n'ont eu pour seul but que la satisfaction immédiate de toutes les envies et toutes les réclamations, que ce soit dans le repos ou dans la lutte, où il n'était question que de continuer la course à la profusion de cadeaux, de récompenses et de drapeaux, dans une gloutonnerie sans idéaux.

Le panorama général est celui d'un gâchis magistral, avec à la manœuvre, des irresponsables aussi obtus qu'ils le peuvent, prêts à tout pour ne pas perdre la face, tout garder sans exception, les déchets, les meubles et la maison, incapables de saisir que le salut viendra dans la libération.

Quel que soit le biais par lequel on l'apprécie, il ne saurait être admis que le succès est sans conteste la conclusion de tous ces jours et toutes ces nuits, face à la pléthore d'erreurs et de fautes à donner le tournis, le moindre écart en cachant un autre dans une interminable litanie.

Malgré toute la patience et la générosité, il ne peut qu'être acté la fin du processus initié, aboutissement absurde d'une course dont pas un participant n'a atteint l'arrivée, trop occupé à compter ses pieds, s'autocongratuler, vérifier son profit parfait, dans un exercice qui n'a jamais été celui proposé.

Il n'est plus possible de persévérer ainsi, dans tous les sens et sans énergie. Il est besoin d'inspiration et de génie, cette petite lumière qui éclaire la vie, ce grain de poussière qui va faire bifurquer du chemin choisi, infime rayonnement, minime changement et qui pourtant va transformer le présent.

Le moment est à la dissolution des schémas encombrants, des présupposés épuisants, des préjugés irritants, ensemble de pratiques et de logiques qui ne reposent que sur un abêtissement extatique, certitudes que tout se réparera de façon magique, alors qu'il importe de se bouger, et vite.

La conjonction des mystères mortifères et des guerres meurtrières, contre soi et tout ce en quoi l'on croit requière une transformation phénoménale pour descendre enfin de son piédestal et constater combien le dévoiement est total, de ce que l'on peut, de qui l'on est et de notre place dans le vide sidéral.

Ce ciel, ce désespoir n'est pas la fin de tout espoir, mais la limite après laquelle ne subsistera que du noir, marque de l'échec et de la vanité de notre histoire, écho de la disparition de tout regard sur le parcours qui aura été effectué, pour se dissoudre dans les limbes du passé.

Ces appels, ces regards ne visent pas à nous condamner sans crier gare, mais à nous prévenir avant qu'il ne soit trop tard, dans un ultime sursaut vers une direction qui offrira ce que l'on ne réussit plus à voir, cette joie, cette sérénité où ce qui compte n'est pas ce que l'on possède, mais qui l'on est.

Ces jugements qui n'en sont pas, mais les évaluations de ce qui est là, ne servent qu'à exposer ce qui persiste à être renié, notre puissance, notre générosité, notre fraternité, afin que nous nous employions à nous les réapproprier, au lieu de courir sans plus aimer ni ressentir, et perdre tout respect et dignité.

Cette obscurité qui s'annonce n'est pas celle de la fatalité, mais de la libération annoncée de toutes nos peurs et nos regrets. La traverser n'est rien de plus que l'abandon de nos impossibilités, pour enfin comprendre que nous nous sommes ainsi enfuis de nos palais surprotégés, en une évasion qu'il était l'heure de concrétiser.

Lorsque nous franchirons cette barrière qui n'a en fait jamais existé, nous découvrirons qu'elle n'était là que pour nous pousser à la dépasser et franchir cet ultime obstacle vers notre vérité, celle que nous pouvons enfin regarder en face sans pleurer de honte devant le miroir de notre réalité.

Et quand nous retournerons pour contempler le chemin parcouru et les épreuves surmontées, dans cet instant où il ne sera plus utile de tricher, face à ce que l'on a fait et qui l'on est, il sera juste de sourire, en prononçant les mots mérités :

« Merci de m'avoir aidé »