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Conquêtes

Il suffit d’un rien pour qu’une morne plaine devienne un champ de fleurs où s’égrènent les sons cristallins d’un ruisseau aux multiples couleurs, le bleu des galets, le blanc des reflets et le doré des poissons éparpillés ; un souffle léger, un air de fête, la sensation que la lumière est parfaite.

Il suffit de peu pour qu’une terne journée devienne un conte de fées, emplie de rencontres et surprises enchaînées, ribambelles d’échos et de ricochets dont les rires montent haut dans le ciel étoilé ; un sourire enjoué, un visage croisé, le sentiment que le meilleur est sur le point de se manifester.

Il suffit d’un zeste pour qu’une vie en berne devienne un chemin parfait, où les épreuves n’ont été que matière à accepter, évoluer, se transformer, dans un apprentissage grandeur nature où faire confiance a parfois été le plus dur ; un lâcher-prise accueilli, une évidence de ressenti, une prescience de la joie infinie.


Le jour qui s’est levé n’est pourtant pas différent des précédents, aube blême qui n’offre que le même chant, celui des possibles et de l’invisible en même temps, un cadeau offert à qui ose le vivre pleinement, dans la douceur et l’entendement, par une écoute de son cœur et de ses battements.

Le jour qui est annoncé n’est pas qu’un choix entre guerre et apitoiement, de ne pas savoir d’où va venir le vent, en marin esseulé sur un vaste océan de doutes et de pensées quant à son cheminement vers des terres espérées, mais si éloignées de ce présent, en Éden qui se métamorphose en rêve permanent.

Le jour qui nous a réveillés n’est pas qu’une obligation à trimer pour des inconnus monnayés, sans plaisir, tout à se retenir, de hurler que cette vie n’est pas celle que l’on voulait, à se torturer pour savoir de quelle manière s’en débarrasser, à prier pour que quelqu’un nous sorte de ce piège assumé.

L’arrivée d’un avènement n’est pas l’apanage de ceux qui ne cessent d’aller de l’avant, à la recherche des trésors d’antan, dans l’espoir de s’accaparer pouvoir et argent, avec la volonté de garder chaque morceau des trophées qu’ils auront arrachés au monde entier, mais à eux-mêmes en réalité.

L’arrivée d’un changement ne nécessite pas la mise en œuvre d’une quête de tous les instants, en maraudeurs obsédés par l’illusion que la clé des coffres à secrets réside dans l’agitation sans arrêt, en mode systématique et frénétique, incapable d’entendre que le bruit qu’ils font faire fuir les véritables opportunités d’apprendre et de grandir.

L’arrivée à son but n’est jamais la fin de la lutte contre les certitudes ou la solitude, quand l’objectif que l’on s’était fixé ne concernait que nos seuls souhaits, et non la nécessité de partager le savoir que l’on aura ainsi révélé, en miroirs des autres qui nous ont pourtant aidés.


Conquêtes - www.laurenthellot.fr

L’avenir que l’on se trace ne reste qu’une image brumeuse dans la glace où l’on se contemple chaque matin en se demandant comment l’on va tenir jusqu’à demain, cet ailleurs qui n’existe qu’en alibi pour accepter ce qui nous occis, à chaque seconde où l’on ne se sent pas vibrer ainsi.

L’avenir n’a de réalité que dans nos fantasmes éveillés, ces mirages où l’on se croit autre que ce que l’on est, en travestissement de nos renoncements journaliers, lorsque l’on préfère ne rien dire plutôt que d’être stigmatisé, alors que les blessures sont légion, à chaque instant où l’on renonce à ses convictions.

L’avenir ne sert que de hochet pour nous convaincre de continuer à secouer ce corps et cet esprit, alors que l’on sent les larmes monter et qu’il ne devient plus possible de continuer cette farce où l’on prétend que l’on s’enlace tout en serrant les dents pour ne pas faire la grimace.


Le visage que l’on offre à tous ceux que l’on va croiser n’est que le reflet de ce que l’on se refuse de considérer, cet alter ego qui ne renvoie que ce que l’on sait, nos hésitations, nos curiosités, nos bénédictions, nos regrets, toutes ces émotions que l’on ne voulait pas montrer et qui nous sont renvoyées.

Le visage que l’on n’ose plus contempler, marqué des rides des épreuves traversées n’est que l’image que l’on s’autorise de montrer, même si, au-dedans, les ravages sont encore pires que ce que l’on pourrait supposer, en apocalypse permanente que nous refusons d’écouter pour prétendre que tout restera comme avant, parce que cela nous tient rassurés.

Le visage que l’on voudrait autre que celui qu’il est ne sera pourtant que celui qu’il nous fallait, pour avancer sur le chemin au sein duquel on sera reconnu par ce qui nous semblait une foule d’inconnus, se révélant nos amis, nos amours, nos parents, parcelles de notre identité que le corps a engrangé pour le personnaliser.

Il n’existe pas de garantie que le bonheur nous est promis dans cette vie, à l’aune de nos ambitions et de la chronologie qu’imposent par les révolutions qui parsèment les lacis de notre parcours, entre obsessions et mépris, entre convictions et dénis.

Il n’existe pas de quête dont l’issue est le nirvana perdu, ce mythe qui ravage des sages aux ingénus, en laissant flotter les mirages de spectres déjà vus, qui nous entraînent sur des terres inconnues, sombres et hasardeux rivages où nous resterons perdus, dans les limbes de nos illusions déçues.

Il n’existe pas de destinée miraculeuse, dont le tracé ne serait que la succession d’opportunités heureuses, sauf à croire que l’on peut renverser les miroirs et devenir ce reflet qui stagne dans le musée des images que l’on connaît, dans les galeries des portraits figés et imparfaits.

Les conquêtes dont on pourra s’enorgueillir peut-être ne viendront pas à nous dans cette course entre fous, mais se révèlent dans le message chuchoté au creux d’une oreille, parce qu’on a enfin réussi à l’écouter et non pas à reproduire ce refrain sempiternel qui commence par « consommer » et finit par « déprimé ».

Les conquêtes dont on pourra se glorifier peut-être ne se manifesteront pas par une révélation de la tête aux pieds, elles qui n’apparaîtront qu’à l’instant où l’on se pensait arrivés et qui nous signifieront que cette fin n’était que le début de l’ébauche de l’ultime vérité.

Les conquêtes dont on pourra diffuser l’écho peut-être ne se concrétiseront pas par le nombre de portes et de fenêtres de ce palais devenu prison qui se voit à des kilomètres, elles qui n’existent que dans la libération vers l’ailleurs de nos héritages et de nos peurs, en un feu d’artifice de nos croyances et de nos valeurs.


S’il n’en fallait qu’une à envisager, que soit celle qui nous fait vibrer, qu’il s’agisse d’un enfant à élever, d’une histoire à rédiger ou d’une confiance à partager, bien loin des mythes et fantasmes où la richesse est l’ultime félicité.

S’il n’en fallait qu’une à préserver, que ce soit celle qui nous offre de rêver, non pas à une vie meilleure, mais à l’apaisement de notre cœur, dans ce maelstrom d’émotions où se mélangent abandon, confusion et malheur, en pieux enfoncés dans notre raison dont nous croyons la valeur.

S’il n’en fallait qu’un à partager, que ce soit celle qui nous propose de rayonner, en un soleil singulier, à la fois lune, étoile et ange incarné, qui tisse la toile de liens d’amour et de fraternité, en un réseau de douceur au sein du monde entier, trame de hasards et de destinées où nous serons enfin les maîtres incontestés.