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Délicieux


Délicieux - https://www.laurenthellot.fr/

Se poser, ébahi, et voir le rêve prendre réalité.

Se regarder, prudent, et être surpris de ne pas délirer.

S'écouter, impatient, et constater que l'on a bien plongé dans le présent.

La musique qui vient aux oreilles n'est pas apparue de l'instant ou la veille ; elle a toujours été là, mais inaudible dans un brouhaha pareil ; elle chuchotait la vérité et ses merveilles : qu'il n'y a pas de malheur ni de fatalité, mais que nous sommes tous égaux sous le soleil, de la tête aux pieds, à la recherche de cette petite étincelle qui nous donnera la clé de nos rêves éternels, identiques mais singuliers, aux notes sans pareil, si ce n'est la mélodie que l'on choisit de jouer, celle qui vibre qui l'on est.

L'air qui nous entoure n'est pas plus dense ni plus léger ; il a toujours été là, à nous vivifier, mais imperceptible dans la gangue asphyxiante qui nous entourait, barrière sans mélange que nous avions nous-mêmes édifiée par crainte de ce qui aurait pu nous toucher ; il distillait ses bienfaits sans discontinuer, généreux, disponible à nous irriguer de cette vie invisible sans laquelle nous ne pourrions que nous écrouler et finir telles des marionnettes sans fil, vidées de notre vitalité.

La lumière qui nous éclaire n'a jamais baissé d'intensité ; elle a toujours brillé afin de nous illuminer et nous montrer les chemins où avancer ; elle dévoilait, elle explorait, elle reflétait tout ce qui était à notre portée et que nous nous obstinions à ignorer, trop occupés à scruter nos pieds et la trace qu'ils pouvaient laisser ; il n'était pas question de s'autoriser la vérité, franche, crue, claire, de celle qui aurait pu, non pas nous aveugler, mais nous révéler la matière de laquelle nous sommes faits.


Ce jour qui s'en vient n'est pas de celui que nous sommes prêts d'oublier, soudain joyeux et serein de ce qui vient de se dévoiler, que plus un autre matin ne sera couvert de ce ciel voilé, gris-bleu, mélange de regrets et de tristesse imbriquée, où la moindre petite liesse n'était que le pendant d'un implacable raté, dans cette confiance que l'on croyait tenir en laisse, dans cette danse où nous pensions maîtriser la vitesse, dans cette reliance où nous espérions gagner l'allégresse, mais où au final, ne subsistait que la sidération de ne pas comprendre ce que nous arrivait.

Ce jour, ce matin n'est pas comparable à ce qu'était hier et sera demain, éclat inimitable qui nous libère les mains de ce qui n'étaient qu'autant de chaînes nous assignant à la table d'un pernicieux banquet, où consommer n'était que l'unique option, loin de la joie de créer et de partager à l'unisson, dans une frénésie qui donnait le frisson de se voir gavé à ne plus pouvoir même pousser le cri de la reddition, submergé et englouti sous des monceaux de déjections que ne faisaient cesser ni la nausée ni la gêne de ne plus être que des puits sans fond.

Ce jour ne ressemble à aucun de ceux que nous avons connus, d'aussi loin que résonnent les échos de nos ambitions de rois ou de larbins à accomplir une fonction qui n'était plus qu'une caricature de notre vocation, à ne pas reproduire nos errements et nos circonvolutions, mais bien à nourrir notre propre imagination de tout ce que nous aspirons à devenir, de meilleur ou de bon, pour la simple distraction ou le plus évident plaisir de se dire oui et pas non, pour assumer une bonne fois pour toutes nos envies et nos décisions.


Et quand s'en vient enfin le moment de cette concrétisation, cette sensation de ne plus porter un sac pesant mais d'être prêt à prendre son élan sans plus de cogitation, il demeure cependant encore une hésitation, de celle qui fait battre le cœur sans raison, à part celle de ne pas sortir vainqueur de ce qui n'est pourtant qu'une libération avant l'heure, avant que le soleil ne se couche sur l'horizon d'un océan de peurs et de négations, réservoir de toutes nos erreurs et nos renonciations, avant que nous soyons prisonniers éternels de notre demeure devenue prison, avant que nous n'ayons plus que comme partenaires l'angoisse et les frissons.

Et quand s'en vient enfin l'instant où il ne se pose plus de questions, mais qu'il est évident que l'on doive passer à l'action, non pour fuir mais pour sentir vibrer ses émotions, il s'insinue encore une diversion, de celle qui ne sert qu'à reporter l'espérée solution, de ne plus supporter l'inacceptable, mais d'accueillir sa condition d'être au monde pour sa création, pour s'en nourrir certes, mais surtout en faire jaillir ce qui n'existait pas avant que nous y soyons, d'incorrigible nourrisson à intrépide aventurier de notre condition, explorateur de tous les possibles et de toutes les directions, pour partager l'intense bonheur transmissible d'avoir œuvré à sa transformation.


Accepter alors que l'équilibre a basculé, de fragile et funèbre, à paisible et apaisé de toutes nos préventions et vieilles rengaines qui ne servaient qu'à nous occuper l'esprit et le corps afin de ne pas sombrer dans cet intolérable inconfort où exister n'est plus que se lever et se coucher, sans plus de sens pour les relier.

Entendre alors que nous vivions pire que la mort à ne plus vivre que pour courir et chercher par où s'enfuir de ce qui ne portait ni sens ni finalité, à part l’inconscience de ne plus arriver à tenir debout sans étouffer et vouloir à tout prix mettre un terme à cette asphyxie délibérée.

Oser alors ne plus attendre que le meilleur puisse arriver, mais se dire qu'il est temps d'y accéder et de ne plus tergiverser, sauf à vouloir encore se méprendre sur ce qui fait que nous sommes incarnés, hors la vaine quête à posséder et empiler tout ce que nous pouvons prendre pour ne plus le lâcher et s'enfouir sous ces trésors frelatés.

Percevoir que cette brèche qui vient de se matérialiser n'est rien d'autre que la manifestation concrète de tous les souhaits que nous avons posés, de ne plus être cet animal sans tête tout juste bon à se dresser sur la surface de cette planète sans aucun intérêt, à part errer sans finalité.

Accueillir que nous avons le droit de sourire, et pas que pour remercier, mais aussi pour la joie d'enfin sentir que nous avons franchi un palier, celui après lequel tous nos désirs deviennent réalité, non en rétribution de services prodigués, mais en impulsion que nous avons libérée.

Vivifier cette harmonie qui nous fait déjà sourire de savoir que nous arrivons à la faire durer, non par erreur ou par curiosité, mais parce qu'il s'agit de la seule voie qui vaille d'explorer, car elle conduit à ce que nous n'avions pas envisagé comme avenir : un présent, comme jamais il nous a été donné de rêver.

Un délice, authentique, véritable, parfait : celui de se sentir heureux et entier.