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Par la fenêtre


Par la fenêtre - www.laurenthellot.fr

Apercevoir la ligne du ciel, ce trait scindant le rêve du réel, ressemble à plonger dans la vie éternelle, où le temps et la lumière sont mélangés. La profondeur des couleurs qui s'animent de mille reflets offre de démultiplier les battements de notre cœur, en écho à cette beauté.

S'abandonner à cette contemplation autorise l'esprit à s'oublier, à lâcher ces lacis de réflexions qui ne cessent de nous ligoter en une formidable geôle où l'on demeure l'unique prisonnier. Des urgences, des idées, il n'est plus question quand il ne reste que les rayons du soleil levant à contempler, les jeux des nuages avec le vent qui s'en vient les titiller.

Le vol d'un oiseau s'autorise à nous rappeler que nous ne sommes pas les seuls à occuper ce vaisseau de terre et d'eau qu'est cette planète perdue dans l'immensité. Son chant et ses trilles vibrent des merveilles de ce monde qui sans cesse vacille entre jouissance et violence, dont les bribes s'éparpillent.


Rester derrière cette fenêtre revient à hésiter de dévoiler qui l'on veut être, cet observateur prudent qui ne se montre que de temps en temps, ou cet explorateur entreprenant pour lequel la vie est d'abord le mouvement. Revenir à opter entre l'un où l'autre n'a pas plus de sens que de se considérer l'invité ou l'hôte de cette fête qu'est l'existence.

La posture que l'on choisit à l'aube de ce dilemme n'a pas vocation à demeurer pérenne, oscillation permanente entre nos envies présentes et nos peurs pulsantes. Le choix peut être d'abord l'expérimentation de ce qui nous fait évoluer dans notre condition, en un apprentissage entre le oui et le non.

La sécurité que l'on croit préservée en ne se montrant que lorsqu'on s'imagine prêt ne constitue qu'un leurre qui croit éviter de se confronter à sa propre lueur et n'octroie qu'un répit dans cette découverte de nos désirs et de nos envies, corollaire d'une perte de temps et d'un égarement de nos repères, faute de les partager au-delà de cette paroi de verre.


À ne cesser de regarder ce qui pourrait arriver, d'une pluie passagère aux galopades de chevreuils effarouchés, on ne s'autorise plus de prendre part à cet élan qui fait que l'on se sent vivant, et non pas un spécimen protégé par ce paravent transparent, leurre qui filtre tout ce qui serait déstabilisant.

La posture de spectateur ne peut pas perdurer au-delà d'une certaine heure, quand le jour écoulé nous montre que nous avons omis de prendre part à tout ce qui se proposait, de répétitions ou de nouveautés, mais d’invitation à ne pas se contenter d'être cette statue qui oublie que, elle aussi, elle est regardée.

Cette vitre n'est pas seulement un paravent, mais aussi le miroir où nos reflets s'affichent dans un mimétisme flagrant par lequel nous devenons tout à coup l'objet qui s'offre à la vue du tout venant, sans pouvoir cette fois se cacher derrière ce que l'on croyait constituer cette sécurité face à l'extérieur et à ses événements.

Les rideaux qui encadrent cette ouverture ne sont là que pour l'habiller d'un semblant de posture, en mimétisme banal des splendeurs de la nature. Il en devient presque étrange de singer ce que l'on observe caché, tiraillé entre l'envie d'y plonger et la volonté de s'en décaler.

La reproduction systématisée de tout ce que l'on scrute, inconsciente impulsion de se plonger dans ces sensations brutes, faites d'agitations et de trépidations, donnerait à sourire si elle n'était que la démonstration d'une immaturité à s'écouter pour enfin s'offrir ce qui va nous libérer de cette prison dorée.

Le petit monde intérieur que l'on a recréé dans cette pièce calibrée au sein de la demeure qui est devenue ce bastion à ne plus quitter commence à faire sentir les limites qu'il est temps de dépasser, en une simple décision qui semble pourtant bien compliquée à concrétiser.

La succession des paysages, identiques et pourtant différents, rappelle combien ce monde extérieur est la vie en mouvement, où le changement n'a pas besoin de translation pour devenir prégnant, mais bien de compréhension pour saisir la magie de l'instant, où tout peut changer par la grâce d'un oiseau s'envolant.

Plus on observe ces herbes qui dansent sous le souffle du vent, plus on sent monter ce sentiment de se trouver dans une boîte de conserve dont le couvercle est soudé par en dedans, avec nous-mêmes dans le rôle du petit enfant qui craint de se trouver face à un monstre effrayant s'il ose s'extirper de son enfermement.

La sensation de ne plus pouvoir continuer à se calfeutrer derrière ce semblant de sécurité commence d'ailleurs à devenir d'un ridicule patenté, tant l'évidence que l'on n'est plus celui qui doit rester enfermé, en animal d'un zoo d'espèces protégées, risque de nous submerger si l'on persiste à ne pas bouger.


D'un geste, on décide enfin d'accomplir ce qui aurait dû n'être plus qu'un souvenir, celui de tous ces regrets de ne pas l'avoir réalisé depuis une éternité : la fenêtre est ouverte pour laisser entrer, et l'air, et la lumière, dans notre intérieur calfeutré, dans une vivifiante revitalisation de tout ce que l'on connaissait.

L'impression de soudain respirer n'est pas seule due à l'atmosphère en train de se purifier, mais bien à notre corps qui, d'un coup, se rappelle qu'il est fait pour vibrer, de sensations, d'émotions, de la tête aux pieds, et n'être plus ce robot qui analyse tout ce qui est à sa portée, sans saisir combien il reste ignorant de tout ce qu'il n'ose pas toucher.

Il n'est alors plus question de fenêtre ni de mur ni de porte : nous voilà en train d'enjamber ce qui jusque-là constituait notre sécurité. Et tandis que nous marchons en inspirant à pleins poumons, le monde entier s'en vient nous saluer, en invité que l'on attendait pour que la fête puisse commencer.

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