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Plus rien à perdre


Plus rien à perdre - Laurent Hellot

Devant le vide de son environnement, l'homme a bien du mal à contenir la rage qui menace de débordement. En cette journée particulière, il vient en effet de réaliser que tout ce en quoi il avait cru vient de se disperser en poussières ; ses rêves, ses espoirs ; son travail, ses devoirs ; ses projets, ses idées : tout n'est plus bon qu'à jeter, comme s'il n'avait rien fait toutes ces années.


Un temps passé qui ne se rattrapera jamais et dont il ne demeure plus rien à garder.


S'il devait y réfléchir, il n'y a pas de quoi pleurer ni rire, juste constater la vanité de tout ce qu'il a tenté, de qui il est, et s'il devait en tirer une conséquence logique, il ferait tout aussi bien de se dissoudre dans l'acide sulfurique, tant la violence de ce qu'il ressent le brûle de foutre le feu à tout, êtres et bâtiments, ces autres qui ne vivent que parce qu'ils se sont levés et qu'ils refusent de se poser la moindre question sur leur identité.

Lui avait l'ambition de voir plus haut, plus grand, au-delà de l'espace et de ses dimensions, persuadé du sens de sa vie, de sa mission, non par prétention, mais parce qu'il avait manifesté une curiosité dans son évolution. Et voilà que tout ce dans quoi il s'est lancé vient de s’effondrer comme si cela n'avait pas d’intérêt, qu'il ne brassait que du vent ces dernières années, qu'il n'y avait que lui que cela intéressait, que son projet n'avait aucune utilité, juste de l'occuper un peu, de se croire singulier, de prétendre s'extirper de la médiocrité.

En ce jour où la vérité a éclaté, où sont mises en lumière toutes les ombres qui se cachaient, où sont retournés en enfer les anges qui s'en étaient échappés, lui reste seul face à ce spectacle désolé : celui de sa vie ravagée. Et devant ce constat d'échec patenté, il n'est pas de temps de s'apitoyer, de se plaindre ni de s'effondrer, non ; la seule question qui demeure est celle de savoir quoi faire à présent de toute la fureur qu'il sent monter. Son genre à lui n'est de se rouler en boule et de pleurer, mais bien de rebondir et de persévérer, sauf qu'il a déjà fait cela encore et encore tous ces mois écoulés, avec une énergie et une persévérance que personne d'autre n'aurait pu déployer, et tout cela pour revenir à l'exact endroit d'où il s'était élancé, chargé en plus de cette colère qui ne veut plus s'apaiser.

Les deux mains posées à plat, l'homme s'efforce de ne pas hurler à tout va, au risque de perdre la voix, mais bien de canaliser cette incandescence sur le point de le carboniser, parce que juste au regard de ce qu'il a traversé, parce seul exutoire pour ne pas imploser, parce que point de repère dans ce noir où toute lumière s'est évaporée.


Et de trouver le moyen de ne pas tout annihiler.


Dans le chaos de ses pensées, il n'est personne en particulier contre lequel l'homme résiste de se déchaîner, mais bien l'Univers en totalité, cette foutue Providence après laquelle il a galopé, ces signes auxquels il s'est rattaché, ses rencontres qu'il a cru pouvoir l'aider, cette certitude qu'il a fait tout ce qu'on lui demandait sans discuter ni tergiverser, dans la confiance du chemin sur lequel il avançait. Mais à présent que la vérité a éclaté, que se montre l'impitoyable face de ce qui l'accompagnait, il n'est plus besoin de se leurrer : le spectre qui est devant lui grimace du tour qu'il vient de lui jouer. L'homme n'était que le pantin d'un spectacle au sein duquel il ne décidait rien qui ne soit à l'avance organisé, avec des ficelles à ses pieds et ses poignets, juste assez légères pour donner l'illusion de la liberté.


Une pantonyme dont il se croyait le héros adulé.


Contemplant ses membres blessés, son corps éreinté, l'homme sent de nouveau la rage affluer, comme une vague qu'il se sait prêt à chevaucher dans une croisade de destruction et de vérité, à la fois pour punir d'exemplarité et pour montrer que l'on ne se joue pas de lui, que si cela devait arriver, le prix à payer n'aura pour limite que le ciel et l'éternité. Que ses talents aient été galvaudés, que ses capacités aient été exploitées, que son orgueil ait été piétiné, tout cela n'a pas l'importance que l'on pourrait pourtant y attacher avec légitimité ; mais qu'il ait été  blessé dans sa chair, que des cicatrices se soient multipliées, que l'épuisement ait sans cesse dû être surmonté sans espoir de guérir ce qui a été emporté, cela, il ne peut le pardonner, et il ne le fera pas, jamais.


Il n'est pas de repos à celui dont les rêves ont été souillés.


Se relevant de sa position arc-boutée, l'homme se met en mouvement, avec la vengeance comme destrier, dont chaque pas marque le sol d'un signe aux malédictions innommées. Il n'en veut pas au monde en particulier ni à un quelconque mentor qui l'aurait manipulé, il se sait seul responsable de son insondable ingénuité ; celle d'avoir cru pouvoir s'émanciper de sa destinée. Mais ce après quoi le but qu'il s'est fixé à présent est bien au-delà de ce que l'Humanité peut lui apporter, plus loin que personne n'a jamais osé, hors ce que quiconque est en capacité de concrétiser ; sans doute ni hésitation, il traque maintenant cet être divin et bienveillant, ce sage omniscient et omnipotent, cette lumière au firmament des vivants,


pour le dévoiler et le révéler,

pour le confronter et le montrer,

pour le détruire et le faire oublier.


Que chacun entende et comprenne qu'il est impardonnable de conditionner la liberté,

qu'il n'est pas de châtiment à la hauteur de la faute de mystifier l'espoir donné,

qu'il n'est rien ni personne qui n'ait à rendre de compte pour ce qu'il a fait.


Et tandis qu'il chevauche la rage et la justice mêlées, l’homme sait à présent ce qu'il est le premier qui marquera l'Univers entier d'un message qui changera les mondes futurs, présents et passés :


la Vie est et doit rester sacrée,

dans ses errances et ses vérités.


Nulle idole ni divinité ne dictera plus les rêves de l'enfant qui naît.

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