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Ascension

Les plus éprouvantes des épreuves ne sont jamais celles que l’on a anticipées, prêt que l’on était à répondre à toutes les provocations, à parer toutes les attaques lancées, à construire tous les bunkers pour se protéger ; mais lorsqu’il a fallu réagir à ce que notre corps avait à nous dire, il n’était plus question de tenir ou de conquérir devant ce que l’on n’avait pas senti venir ; il ne restait plus que la douleur à gémir, impotent, imprudent qui ne regardait pas ce qui le faisait souffrir et trouvait plus simple de se concentrer sur des ennemis extérieurs sur le point de surgir, au lieu de prendre soin de la seule chose qui importait pour son avenir : son bien-être, quoi que l’on puisse se dire.

Les plus surprenantes des métamorphoses ne sont pas de celles que l’on présuppose, prétentieux que nous sommes à considérer qu’il n’est rien que l’on n'ose, expérimenter, dévorer, déflorer, alors que c’est à l’intérieur que tout se transformait. Se sentir soudain sans plus de contrôle sur ce que l’on sent bouger, cette pulsation de vie et d’évolution ancrée au sein de nos cellules, tapie dans ces trames qui ont transcendé les années, équivaut à reconnaître que l’on ne savait rien de qui l’on est, trop obnubilés que l’on était par l’apparence et le reflet, sans entendre tout ce qui demandait à bouger, pour nous faire grandir et nous déployer, bien au-delà de tout ce que l’on aurait pu espérer.

Les plus intenses des apprentissages ne sortent pas de livres sur un rayonnage ou d’une collection d’images, mais se vivent et se traversent, pour en ressortir lessivés comme après une averse. Les leçons retenues ne découlent pas de mémorisations d’une succession d’instructions, mais bien de plantages, de ratages, de naufrages qui vont nous inculquer la manière d’être et la façon de faire pour reparcourir le chemin à l’envers et pouvoir à notre tour l’enseigner, le partager avec ceux ou celles que l’on va croiser, pour mettre de la lumière, de la paix sur ce qui autrement ne serait qu’une correction stérile et sans objet, dont la vanité ne servirait ni la pertinence ni la légitimité.


Les petits humains que nous sommes ne se mesurent ni à des géants ni à des gnomes, mais à leur propre valeur à revenir à ce qui gît en leur cœur, ces sensations de joie et de douceur, ces émotions aux éclatantes couleurs, ces vibrations aux subtiles clameurs. Le voyage que nous effectuons sur cette Terre ne s’évalue pas à l’aune de victoires et de guerres, mais à la constance que nous aurons mise à écouter notre beauté intérieure pour la laisser jaillir et animer le monde extérieur. Les rencontres, les confrontations ne se jaugent et ne se démontrent qu’au travers de la patience et de l’humilité que nous aurons montrées, non pas dans un concours d’êtres parfaits, mais dans la reconnaissance de notre identité.

La particularité de notre passage en ce monde ne se qualifie pas à la mesure de ce que nous allons imprimer comme traces de nos mérites réels ou supposés, dans cette existence qui s’apparente à un rite, sans que l’on connaisse les règles à respecter, et que la tentation est grande de s’arroger le droit de proclamer qui a perdu, qui a gagné. Les juges de ce parcours proposé ne sont pas légitimes ni nommés, entre nous-mêmes ou nos congénères assermentés. Les passages imposés ne seront en effet jamais ceux que l’on imaginait, et les exploits qui seront homologués ne sont que de très loin ceux que l’on aurait pu deviner, infimes, subtils, et pourtant vitaux pour notre singularité.

Les exigences que nous posons pour considérer avoir réussi et reçu le droit à l’absolution ne sont en rien en rapport avec ce qui constitue nos réelles réalisations, de celles qui marqueront et perdureront, au-delà de la simple célébration passagère qui octroie lauriers, privilèges et place dorée au cimetière. Il est remarquable de constater à quel point nous soupesons de biais cette balance entre le leurre et la vérité, cette justice qui n’évalue qu’en fonction de ce qui a été concrétisé, hors tout intention ou projet. La compilation des médailles et de récompenses à foison ne sert que celui qui besoin de remplir les étagères dans son salon, là où le véritable trophée est l’équilibre retrouvé.


La place que nous occupons dans cette nasse qu’est la Terre en ébullition n’est fonction ni de nos talents ni de nos ambitions ; elle s’impose par les rencontres et les événements qui jalonneront le chemin que l’on aurait choisi d’arpenter, qu’il soit au bord d’un ravin ou à l’orée d’un sommet. Ces soubresauts perturbant la linéarité de notre carrière idéalisée constitueront la matière première de la chair que l’on va donner à cette mutation que naître a engendrée, propulsion dans une matrice grandeur nature pour continuer à croître et progresser, expérimentation in situ sur notre capacité à absorber et transcender tout ce que l’on va traverser.

L’espace que l’on va se proposer, au sein duquel évoluer, n’est pas déterminé par l’endroit où nous avons commencé à exister, mais se déploiera au fur et mesure que nous apprendrons de ce que nous allons vivre et vibrer, en autant d’échos qui vont rebondir en tous sens et de tous côtés, aux fins de définir l’ampleur de ce que l’on est prêt à assumer, sans doute, sans culpabilité, par la simple grâce de respirer. Il nous appartient ainsi de nous mettre en mouvement sans attendre que l’on y soit autorisé, afin de rayonner dans toute la mesure de notre curiosité, sans autres limites que celles que l’on va définir, par nos peurs, par nos regrets, par nos ambiguïtés.

Les visages que l’on va croiser ne sont peut-être pas seulement le fruit du hasard, mais aussi celui de la nécessité, pour ne pas errer dans le brouillard à en perdre sa vitalité, pour suivre une voix, un regard parce qu’il va faire résonner en nous un appel que l’on ignorait, à l’amour, à la fraternité, à la guerre, à l’adversité. Ces autres qui ne sont pas des ennemis, mais les miroirs de notre identité enfouie, nous aident, que l’on en est conscience ou pas, par l’accueil ou la méfiance qui jaillira, ou tout simplement parce qu’ils seront là. Il nous appartient de choisir de fuir ou de tendre la main, pour devenir victime, bourreau ou bon samaritain.


Ascension - www.laurenthellot.fr

De nos premiers pas à cet instant où l’on ouvre les bras, il n’est pas de chemin parfait, mais celui que l’on aura osé.

De nos amours à nos regrets, il n’est pas de modèle à copier, mais à vivre ces rencontres à pleine intensité.

De nos rêves à la réalité, il n’y a pas de différence, en vrai, mais à fermer les yeux pour voir la vérité.