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Divertissement

Ne considérer le monde qu’en terrain de jeu, où les joies, les émotions se passent à la ronde et circulent sans arrêt, dans un mouvement fluide et partagé.

Ne considérer sa place qu’en transit, petite particule dans l’espace qui se pose où on l’invite, entre fugace visiteur ou hôte dans sa demeure.

Ne considérer la vie qu’en expériences innombrables, faites de rencontres et de séparations, aux fins de saisir l’essence même de sa condition.

Il n’est pas de chemin direct vers des réponses toutes faites, quand on cherche à tout prix le sens de son existence ici, comme si l’on était à la fois le spectateur d’une pièce où le rôle principal serait celui qu’on inventerait au fur et à mesure des péripéties que nous proposent les aléas qui défilent à toute vitesse. Au mieux peut-on s’efforcer de traverser les expériences auxquelles on se soumet en les contemplant sans s’y dérober, afin d’en saisir les nuances que leur abondance ne permet pas toujours de discerner.


Oser se dire que la logique n’a pas de pertinence ici, quand s’enchaînent les rires et les larmes sans répit.

Admettre que l’on ferait mieux de perdre la tête, faute de réussir à ordonner tous ces événements qui ne cessent de nous percuter.

Reconnaître qu’il est vraiment plus simple de ne pas faire semblant d’exister, en décidant enfin de vibrer de la tête aux pieds.

L’obsession qui est la nôtre de chercher la pertinence de notre existence, ses fondations, ses directions nous empêche d’en vivre les multiples expériences dans toutes leurs acceptions, afin d’en goûter la profondeur et la puissance, comme un poids qui va nous freiner pour dissiper les nuages qui nous retiennent de briller. Implorer le ciel sans arrêt à l’aune de nos désirs frustrés nous cache cette vérité que notre esprit se refuse d’embrasser : nous sommes nous-mêmes les dieux qui détiennent les solutions que nous ne cessons de quémander.


Contempler les miracles qui se révèlent devant nous est la meilleure des manières de devenir juste assez fou pour admettre que tout ne peut pas s’expliquer.

Participer à la mise en œuvre de bien plus grand que ce que l’on anticipait est la façon la plus disciplinée d’apprendre l’humilité.

Échanger sans répit sur nos rêves et nos envies, en conteurs intarissables qui vivent leurs propres fables est le plus beau des cadeaux que l’on puisse partager.

La compréhension que l’on pense avoir de la logique et du hasard n’a en réalité que peu à voir avec ce qui est en jeu, dans cette danse entre la civilisation et les constellations, entre ici et nulle part, entre notre ego et nos idéaux. Lâcher au plus vite ce hochet de rationalité que l’on agite sans arrêt nous offrira l’incroyable opportunité de nous laisser porter par les synchronicités, catalogue infini d’entrelacs de coïncidences et de dénis, qui dessinent un paysage de non-dits.


Rire de nos faiblesses assumées, sans plus se formaliser nous mènera vers une sagesse que l’on ne pensait pas pouvoir expérimenter, parce que si simple et si facile d’accès.

Sourire de ce que l’on ne peut pas dominer, hors toute honte affichée nous libèrera de ce carcan de conventions que l’on s’obstine à porter.

Tenir dans le creux de notre main une goutte d’eau aux reflets irisés nous montrera que la beauté et la pureté ne sont pas l’apanage de la perfection intellectualisée.


L’enfant que nous étions n’a pas disparu sous ce costume cintré. Il s’est juste adapté, malgré tous ces nœuds qui l’empêchent de respirer, en vaillant combattant qui ne renonce pas à la quête de sa liberté, à rebours des obstacles qu’il peut rencontrer. Redevenons alors ce petit être pour lequel toute découverte est une fête, au lieu de cet adulte blasé qui prétend que, puisque rien n’a de sens, autant sombrer dans un effarante banalité, plutôt que de revenir à son essence : celle de la joie incarnée.


Divertissement - www.laurenthellot.fr

L’image que l’on a de ce monde au sein duquel on s’efforce d’avancer ressemble à celle d’un cirque où l’on serait un clown blanc au beau milieu de la cage des tigres zébrés.

La condition que l’on se donne d’être dominant et dévorant revient à se considérer au sommet, tandis que l’on vient juste de monter sur un marchepied.

L’apparence de conquérant qui ne nous lâche pas un instant n’est en fait que celle d’un conquistador perdu dans la jungle à la recherche d’or.


Et s’il suffisait simplement de se poser au pied d’un arbre pour entendre le chant de son âme, singulier, émouvant, en message apaisant ?

Et s’il suffisait basiquement de ne plus bouger de l’endroit où l’on se tient et regarder enfin à ses pieds tous les trésors que l’on ignorait ?

Et s’il suffisait naturellement de s’étendre dans un champ, à l’écoute de l’herbe et du vent, pour se sentir enfin vivant ?


L’essentiel de ce que nous cherchons, comme un papillon dans le noir profond, n’est pourtant pas cette lumière qui s’allume à l’horizon, qui nous consumera de fascination, mais bien ces parfums et ces sons, inexplicables, introuvables, qui ne viennent à nous qu’à l’instant où nous cessons de fuir notre condition, imparfaite peut-être, dont les limitations sont justement ce qui nous montre la direction. Acceptons donc les divagations, les divertissements, les improvisations, parce qu’elles seules nous permettent de mettre un terme aux sempiternelles questions, en autorisant enfin la voie de nos émotions, elles qui nous offrent un accès chatoyant à la révélation :

que ce n’est pas le sens de notre vie qui importe,

mais de la vivre sans limitation.