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En avant !

Après tout ce temps écoulé, de transformations et de patience à supporter, voici que s’annonce ce que l’on espérait, sans plus croire que cela arriverait : un grand bond en avant qui nous emportera vers cet Eden que l’on rêvait tant.

Après toutes ces expérimentations testées, au point de s’épuiser et de se blesser, voici que se dévoile le résultat de tout ce que l’on a tenté, échec après succès, erreur après frayeur, pour enfin se permettre de souffler.

Après toutes ces errances à ne plus savoir où aller, voici que l’on se pose là où l’on n’aurait pas osé l’imaginer, dans un souffle et dans un soulagement qui tient de la caresse et du ressourcement mérités.

Face à ces murs qui viennent de s’écrouler, il est soudain une libération et une légèreté submergeant, et les émotions, et les pensées, au point de nous sidérer, hésitant entre le rire à gorge déployé et les larmes sans arrêt.

Face à ce succès qui vient s’inviter, il est d’un coup un poids qui s’est enlevé, comme si l’on pouvait enfin bouger ses pieds sans traîner les boulets qui y étaient accrochés, prêt à courir, prêt à gambader.

Face à cet espace qui vient de se déployer, il est dans l’instant une envie de crier, de s’époumoner pour faire savoir au monde entier que le miracle est bien arrivé et que l’on peut en témoigner.

En avant ! - www.laurenthellot.fr

Une hésitation demeure patente cependant, à la hauteur de l’incommensurable pente que l’on a dû escalader afin d’aboutir à ce sommet d’où se déploie un paysage d’une somptueuse beauté.

Un doute persiste malgré tout, à se demander si ce résultat ne cache pas un loup, une bête fauve prête à nous déchiqueter, maintenant que l’on a la garde baissée et que l’on commence à croire que la guerre est terminée.

Un soupçon reste pourtant au coin de notre tête, à la manière d’une petite bête qui grignote le cadeau ainsi offert, pour n’en laisser que des miettes et un tas de poussières, reliquats de nos espoirs et de nos rêves éphémères.


De ce promontoire d’où l’on domine ce panorama, l’on ne sait plus si l’on doit croire ce que l’on voit, à la manière d’un mirage qui ne serait qu’une image, bien loin de la réalité tangible à laquelle on va se confronter.

Devant ce qui s’étale comme une vision magistrale, il est difficile de ne pas se dire que cela est trop beau, à la façon des reflets qui brillent sur un océan de dangers, prêts à nous engloutir et nous asphyxier.

Confronté à cette absence de limites qui donnerait presque un vertige à tomber, il devient délicat de ne pas basculer dans l’affolement complet, à présent que ne nous retiennent plus tous les liens qui nous étouffaient.


Il n’est pas habituel de ne plus avoir à se battre, à se trouver dans une guerre perpétuelle au sein de laquelle on ne prend que des coups de latte, et se sentir soudain apaisé, délesté de cette pression qui existait nous offre l’occasion d’enfin respirer.

Il n’est pas courant de ne pas avoir à fuir ou à lutter à tous les instants et, pour la première fois, l’on se sentirait presque léger, prêt à s’envoler à la moindre brise qui se lèverait, dans un joyeux élan enjoué.

Il n’est pas facile de ne plus entendre que le souffle du vent, porteur de messages heureux et entraînants, à la façon du chant d’un petit enfant qui fredonnerait la musique qu’il entend en dedans.


N’être tout d’un coup plus responsable que de son bonheur, sans avoir à, sans cesse, contrôler nos peurs, de perdre le goût et les saveurs, au point de ne plus même oser allumer la moindre lueur est une sensation qui fait éclater mille couleurs.

N’avoir cette fois à rendre de comptes à personne, ne plus répondre si quelqu’un nous sonne, être le maître des heures qui résonnent, tout cela nous surprend, nous étonne, avec le sentiment que cette offrande est bien trop énorme.

Ne plus dépendre de qui que ce soit, animal, esclave ou roi, ne plus chercher sa place dans l’espace, puisque nous apparaissons enfin entiers dans la glace, une telle perspective donne envie que l’on s’embrasse.


On ne peut que se rendre à l’évidence : il n’est plus question de fatalité ou de chance, en ce jour où la lumière rayonne tout autour. Le moment présent est le seul qui est important, en un cadeau qui dépasse l’entendement.

On ne peut qu’acter que le plus dur a été traversé, qu’il n’est plus question de se retourner sur ce passé, ces souffrances endurées, mais bien de profiter de ce champ d’or et de blé, cette moisson qui n’attendait que nous pour se récolter.

On ne peut qu’accepter que tout ce chemin accompli avait bien une signification cachée, au-delà de ce que l’on projetait, bien plus vaste, bien plus généreuse, bien plus ambitieuse que les maigres jalons que l’on posait.

Et de cette place que l’on occupe, souverain et maître que plus rien ne préoccupe, il ne reste plus qu’à savourer le plaisir d’avoir accompli bien plus que ce que l’on se croyait disposé à réaliser, petit homme transformé en géant à la bienveillance enjouée.

Et de ce palais qui nous a été donné, en palefrenier, forgeron ou valet, l’on peut construire tout ce qui nous sied, horloge, sculpture ou bijou ciselé, en alchimiste qui découvre enfin cette pierre qu’il cherchait.

Et de cette frontière qui a été traversée, il n’est plus de voyage qui nous soit prohibé, avec tous les possibles en même temps concrétisés, parade de choix et de désirs qu’il est loisible d’explorer.


Un dernier regard au travers de tout ce que l’on a dépassé,

un ultime remerciement à cette vie qui s’est apaisée,

un nouvel espoir qui vient de se lever,


et l’on peut enfin, avec soulagement, s’écrier : « En avant ! »