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Le palier

Parfois, la dernière marche qu’il reste à monter est de celle qui va nous faire trébucher.

Parfois, le dernier effort à exercer est de celui qui va nous faire tomber.

Parfois, la dernière étape où se reposer est de celle qui va nous sidérer.


Le palier - www.laurenthellot.fr

L’appréhension que l’on ressent face à tout nouvel événement est souvent le principal vecteur de nos propres errements, comme s’il fallait à tout prix que chaque évolution soit compliquée, que chaque transformation soit étriquée, que chaque changement de direction conduise à un maquis au sein duquel s’égarer. L’histoire de notre progression dans le monde n’est pas censée ressembler à des travaux forcés, où la moindre rétribution ne pourrait s’accomplir qu’au prix de lamentations, où le plus petit cadeau ne serait partagé qu’à condition d’avoir trimé, où tout ce qu’il y aurait de plus beau ne nous serait donné qu’en retour de sacrifices éhontés.

Parfois, la dernière ligne droite n’est en fait qu’un tremplin pour s’envoler.

Parfois, le dernier carrefour n’est en fait qu’un point d’arrêt.

Parfois, le dernier détour n’est qu’en fait le chemin espéré.


Les doutes que l’on éprouve envers tout ce qui nous est différent nourrissent la plupart du temps les freins que l’on tient serrés, nous empêchant d’aller plus loin en avant. La difficulté que l’on met à accepter que la nouveauté puisse devenir une chance qui va nous métamorphoser rend tout possibilité d’apprendre et d’expérimenter de plus en plus compliqué, comme s’il fallait à tout prix que l’on finisse pendu par les pieds pour se rendre compte que l’on est coincé, enfin incapable d’aller plus loin sans dénouer ces liens qui empêchent le sang de circuler et nous prive du flux vital qui nourrit et aide à grandir sans même qu’on n’ait à le conscientiser.


Parfois, l’échec est la meilleure des manières de se révéler.

Parfois, la tête est le pire des partenaires pour s’écouter.

Parfois, la retraite est la solution pour se réinventer.

La persistance à se heurter à des murs qui brisent notre résistance n’est pas le résultat de la fatalité, mais l’évidence que la voie qui nous obsédait n’est pas celle qui va nous aider à devenir qui l’on est. Planifier à tout prix les étapes qui sont censées parsemer notre vie, en autant de petites balises rassurantes qui nous donneront une direction réconfortante est sans nul doute le moyen le plus efficace pour se fracasser dans son propre reflet dans la glace, en un choc d’autant plus salutaire, qu’une fois les fesses par terre, on pourra enfin se concentrer sur ce qui se trouve à nos pieds : la réponse à ces multitudes de questions qui nous travaillaient.

Parfois, l’autre n’est pas celui que l’on croyait.

Parfois, la rencontre n’est qu’un piège qui s’est refermé.

Parfois, le couple n’apporte pas l’équilibre qu’il nous fallait.


La quête absolue et permanente de l’âme sœur, cet alter ego qui doit nous toucher à l’esprit et au cœur se substitue à chaque fois à la recherche de notre bonheur, où le partenaire devient l’équivalent de l’enfer, avec ses plaisirs, ses désirs, mais au point de nous faire perdre de vue le sens de notre venue sur Terre, de ne pas être cette basique bête, béate d’avoir dominé sa conquête, mais au contraire de s’extraire de cette gangue de glaise pour faire jaillir la vraie flamme qui se tapissait dans ces braises, ce besoin intense de retrouver le sens de son existence, en proposant ce qui va nourrir son corps et sa conscience d’une manière inégalée : en montrant leur sublime beauté.


Parfois, ne pas bouger est le plus sûr moyen d’avancer.

Parfois, ne rien faire nous apporte la lumière.

Parfois, ne pas penser nous offre la vérité.

La volonté n’a que peu à voir avec ce qui va permettre de nous glorifier, comme si la castagne permanente et les conquêtes violentes pouvaient être le gage d’une sérénité permanente, en un paradoxe qui semble sorti d’une idéologie démente. Lorsque l’on aura épuisé tous les champs de bataille et toutes les armées, il sera alors temps de contempler les vestiges écroulés de toutes ces années, et se rendre compte que rien n’a été semé, à part la solitude et les regrets. De ce silence enfin expérimenté, il pourra alors en surgir les aspirations que l’on étouffait sous la mitrailles et la tripaille, la musique de cette mélodie qui va nous guider vers la libération espérée.


Parfois, l’évolution que l’on souhaitait n’est pas celle qui va nous aider.

Parfois, les issues vers lesquelles on courait n’ont pas de porte d’entrée.

Parfois, les sommets que l’on visait sont cernés de gouffres aux parois glacées.


L’obsession que l’on a de ne pas rater cette vie qui nous est donnée, à l’aune de critères dont on ne comprend même plus la légitimité, ne doit pas nous cacher la peur fondamentale que l’on doive apaiser : ne pas savoir qui l’on est. Cessons alors de courir après des chimères qui ne font que se ressembler, pour s’en retourner voir au cœur de notre identité et s’apercevoir que tout nous était donné : les talents, la joie et la générosité. Le seul et important palier qu’il nous reste à franchir pour rétablir l’équilibre que l’on espérait se situe ainsi en notre sein, comme il l’a toujours été : celui de notre propre foyer.