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Relaxation

Dernière mise à jour : 11 nov.


Relaxation - www.laurenthellot.fr

Le ciel est orange et gris, comme si les nuages transportaient des graines d'énergie, messagères et substituts de la pluie. La lumière semble tout droit sortie d'une planète où l'atmosphère serait ce mélange de couleur et de torpeur réunies, projetant sur le monde un filtre de quiétude bénie.

De derrière ces vitres, l'extérieur ressemble à un aquarium dont l'eau aurait pris les reflets du soleil à l'orée de la nuit, un pastel aux nuances infinies. Il n'est plus évident que l'obscurité puisse de nouveau nous atteindre dans ce nid, tant l'ambiance se transforme petit à petit, glissant vers une quiétude inédite.

Spectateurs de ces changements inattendus, aussi fascinés que surpris, nous voilà dans la posture d'un artiste qui assiste au début d'une représentation sans lui, débordé d'émotions et d'interrogations sur le chemin qui l'a conduit jusqu'ici, hésitant entre la frustration et l'admiration face à ce qui se dévoile devant lui.


L'ambiance a changé du tout au tout, passant de la frénésie à un immobilisme doux, comme si tout mouvement serait susceptible d'entraîner un formidable raout, un basculement vers on ne sait où, une sorte de sarabande où ne s'agiteraient que les fous, d'où l'impératif de ne plus bouger sans légitime atout.

Quels qu'aient été les projets envisagés, ils ne sont plus d'actualité, étouffés dans cette trame ouatée, à la manière d'insectes pris dans un voile déployé, arrêtant tout ce qui vibre, vrille, vrombit ou produit quelque bruit inapproprié, alors que l'heure n'est plus à la rapidité.

Face à ce spectacle qui pourtant n'était pas annoncé, il ne nous reste plus qu'à cesser de nous battre pour accueillir ce qui est proposé, ce lent et calme réceptacle au sein duquel se lover, en un abandon légitime et mérité, d'autant plus ineffable qu'il n'était pas envisagé, dans cette course au succès qui ne fait que nous épuiser.

À l'extérieur, tout semble soudain atteint de langueur, en une irrésistible incitation à la lenteur, un mouvement qui se ralentit d'heure en heure, pour transformer tout vacarme en torpeur, avec la vocation de ne plus sentir de quelconque pesanteur, afin d'alléger tout ce labeur.

De ce qui était encore un tourbillon il y a peu, ne demeure qu'une vague poussière qui se dépose peu à peu, en un reliquat oubliable de tous ces prétentieux qui se persuadaient que leur combat était admirable, alors que dans l'arène, il n'y avait qu'eux, tandis que leurs supposés opposants désertaient à la queue leu leu.

Devant ce qui n'est plus un calendrier d'obligations à respecter, l'on se retrouve à tourner des pages vides de rendez-vous décommandés, enfin conscients du droit que l'on a d'aspirer à la liberté, pour ne plus accepter que ce qui nous va, et refuser de se laisser entraîner dans ce qui nous déséquilibrait.

Surpris autant que soulagés que l'heure ne soit plus à la course effrénée, nous prenons alors le temps de contempler ce que l'on n’avait jamais observé : la course des nuages dans ce ciel orange, le jeu des rayons du soleil entre les branches agitées, la tranquille évidence qu'il n'y a plus rien d'urgent à considérer.

Étonnés autant que rassérénés que rien ni personne ne s'en vienne plus nous solliciter, nous osons alors écouter ce qui monte comme envies, comme idées, à ne plus comprendre pourquoi on a mis un tel délai à admettre que nos activités n'avaient plus le moindre lien avec ce qui nous animait.

Fascinés autant que bercés par ce spectacle qui nous est proposé, l'on prend conscience que l'on se trouvait au bord de la débâcle et qu'un soubresaut aurait suffi à déstabiliser, tant la pression et les obligations que l'on s'imposait se cumulaient jusqu'à édifier un mur contre lequel on allait se fracasser.

La douceur de la lumière qui emplit la pièce au sein de laquelle on se tient transforme chaque meuble, chaque objet en un presque coussin, invitation à se détendre et à ne plus penser à demain, en un évident apaisement qui nous laisse enfin sereins, de toutes ces tensions qui s'en vont au loin.

La perception que l'on avait de nos affaires, de nos objets se muent en un étonnant et décalé musée, comme si tout ce que l'on avait accumulé ne présente plus le même intérêt que lorsqu'on se l'était approprié, catalogue étrange et amusant de notre identité qui semble à présent constituer un simple décor avec lequel jouer.

Se tenir ainsi au milieu de ce lieu revient à être ce marin qui contemple s'en aller son bateau et lui fait ses adieux, du bord du ponton d'où il a décidé qu'il ne s'en irait pas voguer sur les flots, parce que cela ne lui prodigue plus la joie qu'il connaissait, maintenant qu'il a compris la sérénité qu'il pouvait y avoir à ne pas bouger.


Surpris et rassuré de ne pas nous tromper, l'on décide alors de s'offrir le plaisir de laisser le temps passer, les heures et les minutes s’égrainer, les idées et les pensées flotter sans chercher le moins du monde à les accaparer, ni même tenter d'en inventer, conscient et à la fois absent de cette vacance assumée.

Se sentir soudain au cœur de son identité, sans rien faire, par la simple grâce d'exister emplit notre être tout entier d'un soulagement que l'on n'avait jamais expérimenté, malgré tous nos efforts pour y accéder, avec cette narquoise évidence que c'est en accomplissant le moins que l'on se retrouve occupé, vibrant de la tête aux pieds.

Disposé maintenant à embrasser à plein ces sensations de liberté et de paix, l'on se remercie enfin d'avoir osé ne plus fonctionner comme un robot décérébré, mais d'avoir accepté de se laisser porter, pour s'ouvrir au plus beau cadeau que l'on s'est jamais fait :

l'écoute de soi, en toute sérénité.