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Ambition

Dernière mise à jour : 2 oct. 2021

Il y a cette pulsion forte, d’énergie et d’émotion, débordante de vie et d’envie, gage de liberté et de potentiel inouï. Elle tambourine et se manifeste à la manière d’un feu qui illumine, et le cœur et les yeux, de tous ceux qui l’approchent un peu.

Il y a ce rêve qui porte, et l’espoir et les vœux, qu’enfin s’ouvre la porte qui mène jusqu’aux cieux, ce paradis idéalisé, mais que l’on souhaite incarné, cet objectif assigné, mais qui relève de la piété.

Il y a ces amours mortes, qui ont nourri et qui ont blessé, donnant le tournis dans la succession des années, miroirs impitoyables et vibrants de ce que l’on espérait partager, pour ne plus laisser que la certitude qu’il faut à tout prix avancer.

De sous la peau que l’on a revêtue, à la fois duvet et armure, même si l’on reste nu, il palpite ce sang qui coule en continu, nourrissant et protégeant tout ce que l’on a perdu de vue, ce corps qui porte sans un gémissement nos projets incongrus.

De sous ces oripeaux inattendus, à la fois déguisements et pardessus, il ne demeure que la fine membrane de cet épiderme qui supporte du mieux qu’il a pu, et notre inconscience coupable, et notre enthousiasme bienvenu.

De sous ces boucliers diffus, à la fois nécessaires et superflus, il ne s’affiche que les dessins et les volutes de promesses auxquelles on a cru, souvenirs prégnants et disparus de ce qui nous pousse vers l’avant sans retenue.


Il y a ce besoin intense de se lever chaque matin comme l’on entre dans une danse, joyeuse, ambitieuse, ainsi qu’une récompense qui conforterait une fin heureuse, perspective d’une jouissance immense et généreuse.

Il y a cette permanente appétence au succès, à la reconnaissance, à tous ces colifichets qui tintinnabulent dès que l’on entre en transe à la vue de ce terrain de jeux en pleine effervescence, nos fantasmes au mieux de leur évanescence.

Il y a cette inénarrable constance, à se lever, à s’attifer, à se propulser dans le monde en quête de reconnaissance, à légitimer notre propre existence par le regard et les récompenses, entre timidité et évidence.

De sous les mots que l’on balance, il résonne comme une insoutenable souffrance, un besoin de douceur et d’innocence, afin de ne plus être cet animal qui s’agite en permanence, tel un papillon contre une vitre, dans un froid intense.

De sous les discours pleins de grandiloquence, il s’entend cet appel à la clémence, que ne soit plus imposée cette sempiternelle compétition pour dominer ce qui n’est autre que notre alter ego désorienté.

De sous les assertions gavées d’insolence, il sourde ce désarroi en permanence, écho de ce que l’on ne dit pas, mais qui crie notre errance et le doute qui accompagne chacun de nos pas, quel qu’en soit le sens.

Il y a cette façade polie et urbaine, qui s’intègre dans la vie que l’on mène, vitrine idéale et jolie qui ne montre que la docilité de nos mouvements, tout en masquant nos chaînes, au joug douloureux et pesant.

Il y a ces automatismes que l’on enchaîne, parfaits et brillants petits mécanismes qui nous évitent toute gêne, quand s’invitent ces remords intempestifs dont le poids nous entraîne vers les abîmes et leurs récifs, concrétions de nos peines.

Il y a ces élans qui nous emmènent vers plus beau, plus haut, plus grand, les sommets et leurs lumières sereines, éclats de notre pouvoir et de notre exigence, cette intraitable reine qui achève tous ceux qui traînent.


De tous ces trésors accumulés, résultats de guerre de tranchées, contre soi, contre les autres, contre le monde entier, il ne surnage pas le moindre objet que l’on juge digne d’emporter, perpétuels insatisfaits.

De tous ces brillants succès, obtenus de haute lutte face à des concurrents acharnés, il ne s’expose plus que les cendres de ce que l’on ne supporte plus d’accumuler, perdu dans les méandres de notre solitude et de nos regrets.

De tous ces regards énamourés, de ces acclamations répétées, l’on ne retient que l’évidence que cela ne saurait durer, moments de gloire fugitifs, satisfactions dépassées, ainsi qu’un coup de griffes jailli d’une caresse donnée.


Il y a alors cette petite voix qui monte et qui ne nous quitte plus, mélange de fierté et de honte à ne plus savoir pourquoi l’on reste nu, tandis que l’on empile les vêtements et les tenues, comme si rien ne nous allait plus.

Il y a cette concupiscence malvenue, reflet de la rage et de l’indécence contenue dans tous nos actes et toutes nos allées et venues, qui ressemblent à la démarche d’un malandrin qui se carapate en espérant ne pas être aperçu.

Il y a cette innocence perdue, cette confiance qui n’existe plus à croire que nous pourrons atteindre ce que nous avons perdu de vue, cette légèreté et cette insouciance d’être celui que l’on a toujours su.


Et de ce basculement récurrent, entre le dehors et le dedans, entre l’apparat et l’ingénu, entre ce que l’on a et ce que l’on a perdu, il ne saurait rien jaillir, à part la démonstration que l’on ne cesse de se faire souffrir.

Et de cette hésitation permanente, entre dire et retenir, entre pleurer et sourire, entre ce que l’on doit garder et laisser partir, il ne saurait que perdurer le sentiment de ne plus s’appartenir, voyageur égaré entre la réalité et ses désirs.

Et de ce oscillement incessant, entre nos obligations et notre nature, entre notre passé et notre futur, entre la libération ou quatre murs, il ne saurait que conduire vers un tombeau où nous allons nous enfouir.


Il est temps à présent de lâcher ces fruits que notre ambition a fait pourrir, gâchés par toute la pression que nous avons mise à ne jamais les autoriser de germer et grandir, pour nous offrir ce que nous pourrions devenir.

Il est vital maintenant de s’autoriser le droit de se divertir, et non plus de continuer dans cette voie où exister revient à ne plus se donner le luxe de sourire, par respect, par dignité, pour ne pas choquer ou envahir, alors qu’il s’agit juste de regarder la joie jaillir.

Il est urgent aujourd’hui d’admettre que nous n’avons fait que courir, au point de ne plus même entendre les battements de son cœur retentir, cet appel à vivre pleinement sans plus se retenir.


Que l’objectif soit présent, non plus de batailler et de conquérir, mais de partager et d’offrir, pour que l’on redevienne cet enfant pour qui le monde était une promesse en devenir.



Ambition - www.laurenthellot.fr