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Neige


Neige - www.laurenthellot.fr

Dans un silence glacé, le ciel semble ne plus pouvoir exister, dissous dans un gris uniformisé. Le vent qui s'est levé gèle tout ce que s'oserait à s'aventurer dans cet extérieur où toute vie ne se risque plus de se manifester. L'immensité du froid qui vient de s'inviter ne laisse plus de place à une quelconque chaleur ou lumière désireuse d'offrir un peu de couleur dans ce vaste désert ; il n'est plus que le silence et la peur pour s'exposer.

Une feuille sur un arbre est arrachée par la bise glacée, projetée au loin dans les nuées, vestige d'une saison où la vie rayonnait, de couleurs vertes, jaunes et dorées, hors d'atteinte de ce moment où ne subsistent plus que les souvenirs de ce qui a été, lambeaux d'une douceur dont le cadavre est figé, en mémoire de ce qui ne semble ne plus devoir jamais exister.

Sur le sol en miroir, la glace a pris ses quartiers, possessive amatrice d'une immobilité forcée, dont l'unique obsession est de vitrifier tout ce qui passe à sa portée, pour se l'accaparer et le figer, en une maladive collection de ce qui peut émerger au sein de ce paysage d'où tout créature s'est retiré, craintive et larguée de ne plus rien reconnaître de ce qui était son environnement adoré.

Envisager qu'il pourrait ne serait-ce qu'y avoir un après tient de la pure fantasmagorie, tant l'éternité paraît s'être invitée au sein de cet univers dont le moindre élan est congelé, avec une facilité d'inertie propre à tout sédimenter, les idées, les envies, la capacité de se réinventer dans ce monde indéfini.

Un flocon qui volette apporte un peu de légèreté dans ce paysage qui ne présente plus le moindre intérêt, mort-vivant aux températures figées. Par sa danse dans l'air, par son sillage improvisé, il dessine dans le ciel des arabesques de toute beauté, créateur d'un univers unique et particulier qui ne cesse de s'inventer à chaque mouvement que l'air lui propose d'accompagner.

De ce flocon unique, il s'en ajoute soudain des milliers, doux, multiples et variés, dans des formes où la délicatesse se mêle à la géométrie sacrée, en une constellation digne de la Voie Lactée, en autant d'étoiles qui auraient décidé de s'inviter sur cette Terre pour lui rappeler le mystère de cette Nature, capable de créer un enfer qui dure, mais aussi le spectacle le plus pur.

Cette pluie de douceur, ce rideau de complète langueur, où le subtil se mêle au gracile pourrait offrir à des spectateurs aventureux un émerveillement simple et joyeux, si ce n'était le fait que toute forme de vie s'est repliée dans ses abris, de béton et de verre, ou de branches et de terre, conduisant à ce que ce ballet aérien ne prenne place qu'au milieu du vide, où il n'y a plus personne, à part à cette beauté limpide.

Cette chute de neige habille ce qui était auparavant un mélange de gris et de beige d'un manteau uniforme à la blancheur hors norme, pure et limpide, vaste et splendide, comme si chaque parcelle du sol, chaque plante, chaque bâtiment ne pouvait plus demeurer isolé, mais se devait d'être à tout le moins relié par ces cristaux particuliers, chaînes légères de liens éphémères.

Et puis les nuages s'estompent, lâchant encore quelques bribes de ces étoiles d'argent, comme une traîne aux reflets scintillants, libérant le ciel de cette brume de plomb qui l'obstruait avant que ne se mettent à essaimer ces flocons, perles d'air et d'eau glacés qui sont venus ensemencer la Terre sur laquelle ils se sont posés, en autant de graines vivifiantes et apaisées.

Le souffle du vent qui jusque-là tétanisait use de sa puissance pour évacuer cette tristesse larvée dont le poids étouffait tout et tous sous une chape que personne ne se voyait soulever, tant son inertie confinait à une malédiction insensée. Par ses rafales régulières, il évacue et disperse les nuages en trames légères, comme les fils d'un voile qui d'un coup se désolidariseraient et ouvriraient enfin à ce qu'ils cachaient.

Le silence est toujours présent, mais il n'est plus ce maître oppressant, simplement le compagnon qui ouvre à l'apaisement, ce calme qui autorise le recueillement, cette opportunité de ne plus se sentir l'objet de tous les tourments, mais au contraire permet d'enfin se reposer et ne plus craindre de finir enfoui dans l'immensité gelée, en une libération paradoxale, de ne plus avoir rien à faire, en toute sérénité.

Et le premier rayon de soleil se permet de transpercer cette couche opaque qui n'est plus qu'un souvenir du passé, en un éclaireur téméraire, mais dont l'objectif est justement de démontrer que l'on a quitté ces frimas délétères, pour entrer dans une nouvelle ère. Son éclat impétueux frappe la neige d'un signal merveilleux, diffusant de tous les côtés une myriade de soleils constellés.

De ce premier messager, il en découle alors un déferlement spontané, comme autant de traits de lumière qui habilleraient l'horizon tout entier. Il n'est plus question de grisaille ou de morsure gelée, mais bien d'un incroyable éventail qui fait resplendir le paysage d'un éclat démultiplié, comme si la Terre tout entière était en un instant habillée de lumière et de blanc, en un magnifique et parfait apaisement.

Du bleu, du blanc, et une vibration étincelante ; ce jour qui n'était que silence et mort est devenu en un rien de temps la source d'une douceur émouvante. Alors que tout semblait abandonné dans un froid sans issue, la grâce de ces quelques flocons de neige a métamorphosé le monde en un fabuleux manège, où les couleurs primaires sont revenues et autorisent à se sentir vivant et non plus perdu, rappelant que le désespoir n'est jamais que le ressenti d'un jour noir, et qu'il suffit d'une surprise assurée pour se sentir à nouveau exister.





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