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Équilibre


Perché sur la branche, l'oiseau penche la tête, heureux et curieux d'observer ce monde où il peut être ; comme ce couple juste en dessous, faisant de drôles de têtes. À les observer, il semble qu'ils ne veulent plus ni de l'un ni de l'autre et que leur mariage n'est pas à la fête. Ils se houspillent, se chamaillent, ne veulent plus qu'une chose : que leur moitié s'en aille. S'en est d'ailleurs trop pour le simple volatile, et c'est bien lui qui se fait la malle.


Ce départ ne change en rien l'interaction qui se joue et fait résonner des cris jusqu'à l'horizon ; l'homme et à la femme ne paraissent plus s'attacher à une quelconque raison, mais bien à un seul et unique objectif : alimenter leur destructrice passion, celle qui est en train de passer de délices à confrontation. Il n'y à plus d'amour qui tienne, ni de « Je t'aime », mais bien la violence, presque la haine.

Autour d'eux, la Nature se tait, consternée par tout ce qui se dit et qui se sait : qu'il n'y aura pas de gagnant dans ce pugilat effarant. Elle regarde ces deux humains se ravager jusque dans les sentiments, oublier tout ce qui a pu exister avec, de bonheur et de joie, pour ne plus laisser que la colère, intensément. Elle a beau en connaître l'issue, triste et déjà vue, elle n'a pas le pouvoir de transformer ce qu'elle est en train de voir ; seul appartient à cette femme et cet homme ce qu'ils entendent garder de leur histoire à présent enterrée : des souvenirs lumineux, ou de la peine qui va les noyer à petit feu.

Que le soleil luise de mille feux, que l'air soit doux et vaporeux, que le ciel soit du plus magnifique bleu, tout cela n'a plus d'importance pour ce couple pour qui un plus un ne doit surtout plus faire deux. Il demeure fascinant de voir l'énergie qu'ils mettent à détruire tout ce qui a pu exister avant, de complicité, de partage et de projets. En ce jour, la guerre est déclarée et chacun entend être le vainqueur désigné, ne retenant pas ses coups, même si aucun pugilat physique n'est enclenché, bien pire : les émotions et les esprits ravagés.

Le plus étonnant est que l'on a le sentiment de regarder un brasier s'autoalimenter ; dès qu'une pause ou un répit s’essaie d'exister, l'un des deux s'empresse de le refermer, par une nouvelle estocade qui s'en vient blesser et humilier. Il faut croire que l'objet de ce combat n'est plus de trancher un lien qui unissait, mais plutôt de détruire tout ce qui pourrait encore surnager.

Le lieu est beau pourtant, en haut d'une colline avec un vue dégagée, comme s'il était besoin de paradis pour que l'enfer puisse exister ; mais rien de tout cela n'a plus d'importance, le cadre, le décor de ce drame annoncé n'étant là que pour donner alibi à ces deux, leur rappeler tous leurs rêves ravagés, tous leurs espoirs abandonnés, tous leurs projets enterrés, avec cette évidence qui ne cessera de revenir les hanter : cela ne pourra plus leur être donné. Toute leur attention n'est plus que focalisée sur la destruction, dans le labyrinthe des sentiers de perdition. L'objectif n'est même plus de gagner, mais qu'il ne reste surtout plus rien à l'autre pour exister, chacun touchant, blessant avec une particulière habileté que seule a fait naître des années d'intimité, pour finalement n'en sortir que ces armes tranchantes et rouillées, avec lesquelles la moindre estocade distille un poison que rien ne peut arrêter.

Il y aurait d'autres manières de faire, pourtant, que cette absurde et dérisoire guerre ; se regarder, vraiment ; se respecter, complètement ; se remercier, naturellement. Les rêves ne sont pas toujours ceux qui nous font avancer, et il est parfois besoin d'un cauchemar pour mettre à jour la lumière que nous tenions cachée. Et le choix n'est jamais obligé. Ces deux là se sont certes trouvés, mais ne se sont pas rencontrés, ayant créé face à eux le miroir de leurs propres vérités, et quand celles-ci sont devenues insoutenables de considérer, ils ont préféré de le briser, alors qu'ils auraient pu voir réellement ce qu'il montrait : le chemin à emprunter.

Alors la tristesse, alors l'humiliation, alors toutes les bassesses auxquelles peut s'accrocher la raison, pour ne surtout reconnaître qu'elle a failli, que ce n'était pas la bonne direction pour aujourd'hui. Cela n'empêchait pas de prendre une autre voie, d'essayer de revenir à soi, de réinventer ce en quoi l'on croit – au lieu de blâmer l'autre que n'a rien fait que de se tenir là.


L'oiseau est revenu se percher sur son arbre, maintenant que se sont tus les cris et les larmes. Il ne se souvient même plus de cet événement, absorbé par les rayons du soleil couchant. Il ébouriffe ses plumes, s'ébroue brièvement, et puis savoure la beauté de l'instant. S'il avait la mémoire de tous ces êtres venus au pied de ce chêne flamboyant, il aurait de quoi transmettre sa sagesse à tous ceux qui arriveront en suivant, en une litanie de vie et d'histoires au nombre croissant, comme si l'existence de l'humanité ne se définissait que par un apprentissage permanent, en un perpétuel recommencement. Pour lui, la branche sur laquelle il se tient, les graines qu'ils trouvent sur son chemin, la survenance de chaque matin suffisent à le satisfaire, puisqu'en dehors de cela, tout passe en clin d’œil, le sien.


Et quand les étoiles se mettent à irriguer la nuit de leur scintillement, l'oiseau est encore là à s'émerveiller d'être vivant.

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